Il existe plusieurs type de dorure et nous pouvons dénoter deux principales techniques pour la pose de la feuille d’or sur bois : à l’eau, dite « à la détrempe » et à la mixtion. Personnellement, Pour mes œuvres, je travaille la dorure à la détrempe utilisant des feuilles de 22 ou 24 carats fabriqués par le batteur d’or G. Dauvet successeur de l’ancienne maison Buisson fondée en 1834.

  • Le jaunissage des fonds

Pour camoufler les fissures et les manques d’or dans les parties les plus inaccessibles, il est préférable d’appliquer un ocre jaune délayé dans de l’eau et de la colle de peau. Je tamise cette peinture à l’aide d’un bas puis je l’applique à chaud avec un pinceau à lavis. Les parties saillantes seront essuyées avec une éponge humide de sorte qu’il ne reste du jaune que dans les creux. Cette étape me permet d’amoindrir et de tolérer quelques lacunes lors de la pose de la feuille d’or. Cependant, cela ne veut pas dire que les endroits jaunis sont bâclés et les creux doivent être dorés avec autant d’attention que le reste.

  • L’assietage

L’assiette ou le bolus est une argile kaolinique de couleur rouge mélangée à de la colle de base puis étendue entre les couches d’apprêts et la feuille d’or avec un pinceau à lavis doux en petit gris. Il faut appliquer 2 ou 3 couches successives pour obtenir le résultat escompté. Chaque couche doit être à peine couvrante et appliqué lorsque la couche précédente est sèche. Ce fond souple permet de brunir la surface dorée et d’obtenir un or éclatant et très lisse.

La fabrication de l’assiette traditionnelle requiert un procédé approprié pour obtenir un résultat impeccable qui permettra la pose de la feuille d’or dans de bonne condition. Personnellement, je préfère préparer mon assiette plutôt que de l’acquérir directement en magasin spécialisé. De ce fait, je perpétue un savoir-faire et cela me permet aussi d’enrichir la « recette » à ma convenance pour perfectionner mon bolus.

  • Le chiennage

Le chiennage intervient juste avant la pose de la feuille d’or. Il consiste à lustrer l’assiette avec un pinceau à poils dur appellé « chien » ou avec de la charpie faite de toile de lin. Cela permet de rendre la surface complètement lisse et facilite le brunissage de l’or. Sans cette précaution, les petits grains de l’argile kaolinique restés à la surface risque de s’égrener lors du passage de l’agate et de laisser des trous ou des rayures sur les feuilles d’or.

  • Pose de la feuille d’or

Après le chiennage, je procède à la pose de la feuille d’or. Son application est très délicate et requiert d’une grande dextérité et d’un entrainement de plusieurs années. Cette étape nécessite le calme absolue. La respiration et le vent joue un rôle important contenu de la fragilité des feuilles d’or.

Dans un premier temps, je dépose l’or en vrac sur le coussin à dorer puis le soulève avec le plat du couteau pour les amener vers l’avant de celui-ci. Ensuite, je souffle imperceptiblement au dessu de la feuille d’or pour l’aplatir sur la peau du coussin : cette opération s’appelle le jonflage.

Lorsque la feuille est tendue, je la découpe avec le tranchant du couteau à dorer en fonction de la surface à couvrir. Avec le mouilleux (pinceau à mouiller) je détrempe abondamment la partie à dorer avec de l’eau additionnée d’alcool . Puis avec la palette (pinceau aux poils long et plat qui est graissé ou frotté sur la barbe) je saisis la feuille d’or et la transporte du coussin vers la surface humidifiée. Au contact de l’eau, la feuille d’or se détache de la palette et se fait happer épousant les formes de la superficie.

Quelques temps après, l’eau et l’alcool disparaissent. Ce bref séjour a suffi pour réactiver le pouvoir du collagène de l’assiette et faire adhérer la feuille d’or au support. Finalement, je tapote très légèrement la feuille d’or avec l’appuyeux pour chasser les cloches dues aux poches d’air.

  • Brunissage

Quelques heures après la pose de la feuille d’or, on procède au brunissage des parties assiettées. L’or écrasé par la pierre d’agate devient brillant en contraste avec les parties non bruni qui restent mates. Cela permet de rompre l’effet naturel de l’or monochrome et unifie les volumes.

  • Ramandage

Après la pose de la feuille d’or et le brunissage, lorsqu’il apparaît des lacunes sur certaines parties, on a recourt au ramandage. Cela consiste à combler les parties ou l’or a mal adhéré avec des petits morceaux d’or. Les parties à ramander sont préalablement humectées avec l’haleine et immédiatement bruni.

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